C’est au XIIIè siècle, qu’apparaissent en Picardie,
les premiers meubles dits “ouvrés” ou travaillés avec
art. Les huchiers fabriquent alors essentiellement coffres, armoires, dressoirs,
vantaux de portes.... d’abord à la demande des ecclésiastiques
puis pour les seigneurs locaux.
Viennent s’y ajouter à partir du XVIè, les armoires et portes
de sacristie, véritables oeuves d’art, les chaises à prêcher
ou les panneaux de bois sculptés.
En pays de Somme, dans le Sud-Ouest, ces meubles paroissiaux abondent ; en effet,
les forêts sont nombreuses avec des essences variées (chêne,
merisier, orme, hêtre...).
Voulus par le clergé et payés par la population, ils témoignent
de l’importance de la religion catholique.
Au XVIIIè siècle et surtout après la Révolution, avec la montée de l’humanisme mais plus encore la faible tradition urbaine, les huchiers voient leur activité régresser. Il reste alors un artisanat local, produisant des meubles rustiques, de première nécessité. C’est à cette époque que la traite picarde, copie simplifiée des buffets flamands, fait son apparition chez les plus riches.
Après les guerres napoléoniennes, Nicolas Tourneur, un ancien grognard, ramène de sa captivité en Bavière, l’art de pailler les chaises. De retour au pays, il partage son savoir-faire et très vite, de nombreux artisans chaisiers s’installent à Neuville-Coppegueule et dans la vallée du Liger, utilisant la paille de seigle produite par les agriculteurs des environs.
A la fin du XIXè, l’ouverture de la voie ferrée Beaucamps-le-Vieux / Amiens permettait le développement de l’industrie du meuble en favorisant l’acheminement de la production : tables de ferme, traites, séages (sorte d’égouttoir à vaisselle), chaises ou “cadot picard”, (ce fauteuil de l’aïeul que l’on plaçait près de la cheminée), vers les grossistes et les négociants.
Aujourd’hui le meuble du Sud-Ouest amiénois
ne compte plus que 150 salariés répartis entre 6 entreprises avec
un travail à domicile encore très présent. Et si la tradition
se perpétue depuis 1813, la filière bois-ameublement doit faire
face, déjà depuis plusieurs décennies, aux changements
de mentalité, à la concurrence des grandes surfaces ainsi qu’à
l’arrivée sur le marché des objets fabriqués à
bas prix à l’étranger. Toutefois, ce savoir-faire fait toujours
la renommée de la région comme en témoigne tous les ans
la fête de la chaise et du meuble à Beaucamps-le-Vieux.
Mais la vallée du Liger n’est pas la seule à fabriquer du
meuble, puisque plus au nord, et plus exactement à Berteaucourt les Dames,
l’entreprise PARISOT a pris possession des anciens locaux textiles (ancienne
filature de jute Saint Frères) pour y installer une fabrique de sièges
en tissus d'ameublement, permettant ainsi le reclassement d’une partie
de la main d’oeuvre textile; c’est aujourd’hui la plus importante
de la branche avec VKR spécialisée dans la fabrication de menuiserie
industrielle commercialisée sous la marque VELUX.
Plus récemment, le retour aux matériaux traditionnels : maisons
ossature bois, mobilier urbain... devrait apporter un ballon d’oxygène
à toute la filière.
Quant à la vannerie, spécialité de la
commune du Boisle, elle trouverait son origine dans un sol tourbeux propice
à la culture de l’osier.
Le vannier travaillait auparavant essentiellement pour l’agriculture (mannes
à pommes de terre, paniers ...) et la boulangerie (paniers à pain,
panetons, plateaux...) ; maintenant, il produit surtout des objets décoratifs.
Et si au début du XXè siècle, on tressait dans toutes les
maisons, la vannerie étant l’hiver, le second métier de
l’agriculteur, ne subsiste aujourd’hui qu’un artisanat local
qui, depuis des années déjà, a bien du mal à résister
à la concurrence des produits étrangers, notamment asiatiques.