Sous l’appellation
« métallurgie / travail des métaux », ont été
regroupées toutes les entreprises de 10 salariés et plus travaillant
le métal qu’il s’agisse du travail des métaux proprement
dit, de la fonderie mais aussi de la fabrication de machines et d’équipements
(matériel hydraulique, de levage, de manutention, machines-outils…)
ou encore de la fabrication de matériel de transport pour l’automobile,
le fer ou l’aviation.
Paradoxalement, la métallurgie / travail des métaux
est la principale branche industrielle d’un département qui ne
recèle aucune ressource naturelle dans cette activité ; avec plus
d’un emploi sur 3, elle occupe près de 16 000 salariés répartis
entre 250 établissements.
Ce sont donc les facteurs humains qui lui ont permis d’exister à
partir du commerce des métaux.
Son développement a été favorisé par les besoins
de l’agriculture (matériel agricole) et de l’industrie textile
(machines textiles) auxquels sont venues s’ajouter des considérations
militaires comme la fabrication de baïonnettes et d’obus pour la
Grande Guerre.
Certains hommes ont contribué à forger la réputation de
ce secteur d’activité bien au-delà des limites départementales
; c’est le cas par exemple d’un certain CAVILLERS, fondeur de cloches
à Carrepuis au 18è siècle.
Mais l’activité est inégalement répartie d’où
une concentration des entreprises sur certaines parties du territoire avec pour
chacune d’entre elles une spécialisation au sein de cette grande
famille.
Ainsi, l’extrême Sud-Est est spécialisé dans la maintenance
pour les grandes entreprises agroalimentaires et chimiques localisées
à proximité ; une trentaine d’établissements regroupés
dans les cantons de Ham et de Nesle, s’est spécialisée dans
la prestation de services en chaudronnerie, serrurerie, tuyauterie, mécanique
…
Ces sous-traitants dont la connaissance technique est indéniable, se
sont fédérés au sein du « Pôle Chaudronnerie
et Maintenance Mécanique de Ham », SPL* créé en mai
2000, afin de structurer l’offre en fonction des besoins des donneurs
d’ordres mais aussi de promouvoir leur potentiel et leur savoir-faire
auprès de nouveaux marchés.
* Un SPL ou Réseaux Productifs Localisés est un réseau d’entreprises travaillant dans le même métier ou dans des métiers complémentaires, situées sur un territoire restreint et qui tablent sur leurs synergies pour développer leur activité.
Toujours à l’Est, la région d’Albert
est la « capitale de l’aéronautique, de la machine-outil
et du matériel de levage et de manutention» .
Ces trois grands secteurs représentent les trois phases d’industrialisation
du pôle Albert / Méaulte / Bouzincourt ; en effet, la machine-outil,
symbole de la ville, s’est implantée dans la seconde moitié
du XIXè siècle, l’aéronautique dans l’entre-deux
guerres et le secteur manutention / levage s’est développé
au lendemain du second conflit mondial.
Toutefois, la tradition métallurgique est beaucoup plus ancienne car
dès le Moyen Age, cloutiers, ferronniers et taillandiers font déjà
parler d’eux ; et c’est en 1824, que la ville d’Albert adopte
la devise « VIS MEA FERRUM » (ma force par le fer).
C’est donc au milieu du XIXè siècle que
l’essor industriel d’Albert se concrétise avec la création
de « fabriques » comme LEFEBVRE (1835) et BARDOUX (1836) puis Albert
TOULET qui construisit les premières machines-outils.
Malgré les destructions de la guerre de 1870, l’expansion se poursuit
avec la reprise par Victor LINE d’une des entreprises LEFEBVRE en 1875
(devenue FOREST-LINE).
Après la Première Guerre Mondiale, dont il ne reste à l’armistice
que « le nom, la gloire et les ruines », Albert ne retrouvera pas
la totalité de ses entreprises. Et c’est surtout la décision
prise en 1922 par Henri POTEZ de transférer son unité d’aéroplanes
de la banlieue parisienne à Méaulte, dont il est originaire, qui
est responsable de l’évolution industrielle du secteur albertin
grâce aux liens qui lient l’aéronautique à la machine-outil.
Entraînée par Potez, dont l’usine emploiera jusque 5 000
salariés, l’expansion d’Albert va reprendre, mais détruite
pour la troisième fois par les bombardements de la seconde guerre mondiale,
la ville va se relever pour la troisième fois.
Et à côté des entreprises liées à la machine-outil,
se créent des unités nouvelles spécialisées dans
l’hydraulique pour le matériel de levage et de manutention ; c’est
le cas de PONCHE ET FOURMAUX en 1949, BETRANCOURT en 1947, DOUCE (1950) devenue
DOUCE-HYDRO ou encore HYDRONORD (1960) ou SOMEPIC (1961) à Bouzincourt
pour n’en citer que quelques unes. Le bassin d’emploi d’Albert
est alors le deuxième pôle hydraulique de France.
En dépit de ces créations, l’industrie
albertine connaîtra de graves difficultés. En effet, l’AEROSPATIALE
(devenue EADS AIRBUS) subit, en 1958 et en 1974, deux crises sévères
qui entraîneront une forte baisse des effectifs de l’usine de Méaulte
avec des répercussions sur les sous-traitants (entreprises de mécanique),
suivies de l’effondrement du secteur du bâtiment devant le recul
démographique suite au départ de nombreux salariés.
Dans les années 80/85, c’est le tour de la machine-outil : une
véritable hémorragie due à la restructuration de ce secteur.
Enfin en 1993, devant le ralentissement de l’activité et une conjoncture
économique défavorable, les industriels se regroupent en association
; c’est la création du P.H.M.A.
ou Pôle Hydraulique et Mécanique d’Albert. Ce SPL permet
aux entreprises albertines de travailler en partenariat et de pouvoir faire
face aujourd’hui à la mondialisation en fédérant
les savoir-faire et les compétences.
Véritable berceau de la machine-outil française, la région d’Albert, malgré les difficultés, a donc su affirmer sa vocation métallurgique et tient toujours une place particulière dans l’économie régionale. Dès 2007, la mise en place de la plate-forme aéro-industrielle de Méaulte permettra encore le renforcement du pôle aéronautique avec la création d’une zone dédiée à ces activités.
Au centre, l’agglomération amiénoise accueille
sur l’espace industriel Nord, bon nombre de PME / PMI ainsi que quelques
grandes firmes spécialisées dans la fabrication d’équipements
divers. C’est le cas de VALEO, qui produit des embrayages automobiles,
de FAIVELEY tourné vers le domaine ferroviaire (systèmes de freinage)
ou encore de WHIRLPOOL avec la fabrication de lave-linge et de sèche-linge.
A l’Ouest, l’histoire du Vimeu mérite qu’on
s’y attarde un peu
Région de petite culture, le Vimeu tient son nom de la Vimeuse, petite
rivière qui le traverse sur une douzaine de kilomètres.
L’histoire du Vimeu, c’est avant tout l’histoire
de la serrurerie.
L’origine de la petite métallurgie remonterait au XVIIème
siècle, lorsque Jean MAQUENNEHEN, un Allemand, s’installe à
Escarbotin pour y exercer son double métier d’horloger et de serrurier.
Très vite, la serrurerie supplanta l’horlogerie (réservée
aux plus riches) et s’installa dans tous les villages offrant aux petits
agriculteurs une double activité.
Le travail des champs ne pouvant suffire à nourrir les paysans, ces derniers
s’étaient d’abord orientés vers le textile avec la
laine des moutons et le lin des champs. La serrurerie ne fit que prendre la
place de cette industrie défaillante. Trouvant une main d’œuvre
abondante, elle recruta ses ouvriers chez les tisserands et finit par supplanter
le tissage.
Jusqu’à la révolution, les paysans délaissaient
parfois l’étau pour ensemencer leurs champs ; c’est à
partir de cette époque qu’on vit apparaître les premières
manufactures ou "fabriques".
Après la chute de l’Empire en 1815, les petites fabriques deviennent
des usines importantes. L’artisanat prend un essor extraordinaire, acquiert
une place de choix dans les marchés mondiaux et remporte de flatteuses
récompenses aux expositions internationales. De véritables chefs-d’œuvre
sont alors réalisés dans le Vimeu, comme la serrure en forme de
« N » qui ferme le tombeau de Napoléon aux Invalides.
Dès 1830, timidement, la robinetterie et la cuivrerie de bâtiment
apparaissent. Leur essor est rapide et 1860 marque déjà l’origine
de la robinetterie à gaz avec l’établissement du gaz de
Paris.
Les besoins, de plus en plus importants en fonte de fer, conduiront les fonderies,
cette activité annexe, à se développer.
De nouvelles matières, de nouvelles machines-outils permirent d’obtenir
des pièces coulées, de tailler et découper d’autres
éléments que des serrures. Et vers la fin du XIXè siècle,
l’on venait de fort loin travailler dans le Vimeu.
A l’aube du XXè siècle, avec le développement
de la machine à vapeur, du chemin de fer et l’apparition de l’électricité,
le Vimeu Industriel connaît un nouveau bond en avant que ce soit en matière
de serrurerie, robinetterie ou même de quincaillerie, enfin de décolletage.
En effet, au fil des années, la diversification des productions étant
devenue un impératif vital, la serrurerie s’est vue ainsi complétée
par des fonderies de fonte, de cuivre, de bronze, d’aluminium. La robinetterie
quant à elle, a vu se développer le décolletage (qui consiste
à fabriquer des pièces métalliques tournées à
partir de barres ou de couronnes de fil), le chromage, le nickelage ou la dorure.
Et si ces deux activités demeurent les piliers du Vimeu, on ne saurait
oublier la quincaillerie, secteur varié et très vaste qui va des
appareils de chauffage aux boîtes à lettres, en passant par l’accastillage
, les tringles à rideaux, le mobilier métallique, les coffrets
et coffres forts, les articles de jardinage.
Si bien que de nos jours, en ce qui concerne la métallurgie légère, le Vimeu continue de se classer parmi les plus grandes régions industrielles françaises.
Le Vimeu aujourd’hui
Dans un contexte étonnant, qui est celui de l’usine à la
campagne, le Vimeu a su s’appuyer sur une main d’œuvre initialement
peu qualifiée pour devenir grâce à son réseau diversifié
de sous-traitants, le principal pôle français de la robinetterie
et de la serrurerie et un des leaders du décolletage en assurant 70 à
80% de la production nationale.
Toutefois, cette longévité industrielle n’empêche
pas quelques inquiétudes quant aux changements récents dus à
la mondialisation qui s’accompagne inexorablement de délocalisation
ou de rachat par des groupes étrangers.
Mais contrairement à la tendance générale de l’économie,
globalement, l’entreprise du Vimeu reste familiale et conserve une dimension
humaine puisque la plupart des établissements ne dépassent pas
les 200 salariés. Ils sont charpentés par quelques unités
pilotes qui, chacune dans leur domaine d’activité, jouissent d’une
puissance commerciale et d’une place réelle sur le marché
mondial.
On peut citer :
- pour la serrurerie, les serrures d’antan étant devenues systèmes
de sécurité : FICHET-BAUCHE, LAPERCHE, THG, BRICARD, …
- pour la robinetterie : VALENTIN, WATTS EUROTHERM, PORQUET… La robinetterie
quant à elle, tout d’abord orientée vers le bâtiment,
a diversifié ses débouchés vers le secteur énergétique
et pétrolier et le plastique remplace de plus en plus certaines pièces
métalliques.
- pour la quincaillerie, DAD DECAYEUX reste le leader mondial dans le domaine
des boîtes aux lettres.
Et si l’image de l’usine à la campagne se perpétue,
bon nombre d’établissements se sont installés récemment
sur la zone d’activité du Vimeu Industriel de façon à
améliorer leur outil de production, un peu à l’étroit
dans le tissu urbain.
Aujourd’hui, il est indéniable que tout le secteur Métallurgie
/ Travail des métaux tient une place prépondérante dans
l’économie départementale, mais il ne faut pas oublier la
montée en puissance des matières plastiques qui tendent à
détrôner le métal.
Cette évolution pousse les entreprises à modifier leurs procédés
de fabrication et à renouveler leurs gammes de produits ; ces nouveaux
emplois compensent et compenseront encore les compressions d’effectifs
de la métallurgie faisant la part belle aux matières plastiques.