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LES SAVOIR-FAIRE ET FILIÈRES DANS LA SOMME -> Le textile, habillement, cuir et dérivés


L’histoire du textile

La première industrie à voir le jour dans la Somme est celle du textile grâce à la combinaison de 3 facteurs :

de nombreuses rivières avec une qualité d’eau exceptionnelle
la présence de moutons
l’existence d’une main d’oeuvre dans les campagnes pour filer la laine.

Au Moyen Age, “la waide” ou “guède”, plante tinctoriale, fut le point de départ d’une industrie textile si florissante qu’au début du XIIIè siècle, les waidiers participèrent pour une large part, à côté des lainiers, à l’édification de la cathédrale d’Amiens. La ville était alors connue comme la grande spécialiste de la couleur bleue.

Toujours au Moyen Age, la laine, matière première des fameuses draperies d’Amiens est à l’origine des nombreux tissages et filatures implantées un peu partout dans le département. D’ailleurs, velours de coton, tissu idéal du vêtement de travail et draperies d’Amiens étaient réputés dans toutes les foires du Nord dès le début du XIIIè siècle.

C’est au XVIIè siècle que la ville diversifie sa production textile : serge, satin, velours grâce à Colbert qui favorise l’implantation de manufactures.
A Abbeville, le virage est pris en 1675, lorsque les Van Robais obtiennent de Colbert l’autorisation d’installer une manufacture de draps fins. La manufacture des Rames est alors la plus importante du royaume, avec ses 9 hectares d'ateliers et 2500 ouvriers.

Au siècle suivant apparaissent les produits qui ont fait la renommée d’Amiens : le velours d’Utrecht pour l’ameublement. Parallèlement, avec la Révolution Industrielle, s’installe dans la campagne entre Abbeville et Amiens une industrie de la grosse toile (lin et chanvre) et de cordages ; la bonneterie occupe les régions de Corbie-Villers Bretonneux (tricots), Moreuil (bas et chaussettes) et dans une moindre mesure Rosières en Santerre.

La première entreprise de jute voit le jour en 1843, grâce à un écossais (usine Carmichaël à Ailly sur Somme).
Pour faire face à la réduction des surfaces cultivées en lin et chanvre (développement de la culture betteravière) et à la concurrence anglaise, l’importation (Pakistan, Bangladesh) du jute est favorablement accueillie et les frères SAINT créent le premier tissage mécanique à Flixecourt en 1857. Les toiles de jute remplacent peu à peu celles de lin et de chanvre : l’empire Saint frères a conquis les vallées de la Nièvre (Domart, Picquigny) et de l’Authie (région de Doullens) et l’industrie et ses machines à vapeur vient prendre le relais d’un artisanat local très actif mais dont les productions manuelles devenaient insuffisantes ; la main d’oeuvre rurale qui jusque-là travaillait plus ou moins à domicile, est transformée petit à petit en population ouvrière d’usine; se construisent alors des petites maisons accolées, si typiques du pays de Somme industriel : c’est la naissance des corons.

Proche du textile, mais beaucoup plus récente, l’industrie de l’habillement avait fait son apparition vers le milieu du XIXè siècle ; les premières manufactures s’établirent avec la vulgarisation de la machine à coudre, la coupe étant effectuée en atelier et le travail de confection proprement dit, se faisant à domicile; peu à peu, les usines se concentrent à Amiens et à Abbeville.

L’industrie du textile et de l’habillement d’aujourd’hui est bien l’héritière de celle bâtie au cours des dernières décennies par une population laborieuse, issue du monde rural, et des chefs d’entreprises avisés.
En effet, même si ce secteur d’activité est un secteur durablement en crise, il a fait la renommée de notre département avec de nombreux produits consommés partout dans le monde.

C’est à partir des années 80, que l’ensemble de l’activité qui avait pourtant mis plusieurs siècles à se construire, a été quasiment anéantie face à la concurrence étrangère. Et si de nos jours, l’on évoque encore le velours d’Amiens, on ne parle plus que très rarement des toiles et cordages de chanvre et des sacs de jute. Avec l’effondrement de l’empire Saint Frères, c'est tout un pan de l’économie locale qui disparaît.
Quant à l’habillement, fermetures, délocalisations ou restructurations sont le lot quotidien des entreprises si bien que sur la soixantaine d’établissements présents dans le département en 1973 (dont la moitié sur Amiens), il n’en reste plus aujourd’hui que 7.

L’histoire se répète car si les “manufacturés” du 19è siècle avaient compris que pour lutter contre la concurrence étrangère, surtout anglaise à l’époque, il fallait utiliser des fibres importées moins chères, il en va de même pour nos chefs d’entreprises d’aujourd’hui.
Il ne faut pas oublier que la réussite de cette industrialisation passée ne fût possible qu’avec l’adaptation d’une importante main d’oeuvre rurale qui, souvent dans des conditions très difficiles, créa cet environnement que nous connaissons bien.
Il faut se souvenir aussi que cette évolution, qui mettait en oeuvre toutes les techniques nouvelles, n’aurait pu s’effectuer sans le savoir-faire des salariés, qui ont pourtant payé chèrement les conséquences de ces mutations en entraînant la fermeture de “leur usine”.

La filière aujourd’hui :
La réussite technique est néanmoins incontestable et l’industrie du textile, habillement et cuir, même si elle a beaucoup souffert, est toujours présente et emploie encore près de 2 500 personnes.

La plupart des entreprises rivalisent d’ingéniosité pour faire face au phénomène de mondialisation devant la concurrence exacerbée des pays de l’Est et plus récemment de la Chine qui inonde le marché de ses produits, en passant il y a quelques années par le Maghreb.

Elles passent le plus souvent par une modernisation de leur outil de production pour augmenter la productivité, être plus souple et plus réactive.
La plupart adoptent une politique d’innovation qui permettra la création de nouveaux produits ou de nouvelles techniques de façon à rester compétitif par une politique de valeur ajoutée et d’emplois hautement qualifiés.
C’est le cas des dernières filatures comme la LAINIERE DE PICARDIE ou la FILATURE FRANCAISE DE MOHAIR à Péronne, et encore GAUDEFROY, FORCEFIL, TROCME VALLART INTERNATIONAL spécialisés dans les tapis et moquettes.
Il en va de même pour le tissage avec TISSAGE DE PICARDIE à Villers-Bretonneux ou l’entreprise COSSERAT, dernier fleuron du velours amiénois.

Certaines ont fait évoluer leur production, passant parfois d’un secteur d’activité à un autre comme l’entreprise DELSEY devenu PICARDIE PLASTURGIE, à l’origine spécialiste des bagages en cuir mais aujourd’hui tournée comme son nom l'indique vers la plasturgie.

D’autres s’imposent grâce à des niches technologiques et la production de tissus techniques. En effet, le consommateur du XXIè siècle demande à ses vêtements plus de souplesse, de protection, de résistance et de facilité d’entretien. Bien au-delà du confort et de l’esthétique, les notions d’hygiène, de santé et d’écologie interviennent de plus en plus dans ses choix et ... les industriels rivalisent d’imagination. Désormais, les tissus ont la fibre technique !
Issu de produits ou de procédés innovants, l’éventail des textiles techniques ne cesse de s’élargir dans la Somme comme ailleurs :

joints d’étanchéité et isolants thermiques (BOURGEOIS à Dommartin)
fabrication de bâches et de toile enduite à Flixecourt (SIOEN)
tissus techniques pour la sérigraphie, le tamisage ou la filtration (SAATI)
renforts pour usages techniques (MILLIKEN) ...

Et si l’habillement reste le débouché traditionnel du textile, d’autres secteurs prennent le relais comme :

l’agroalimentaire (TROCME VALLART EMBALLAGES fabrique des filets pour le conditionnement de fruits, légumes et pommes de terre)
l’automobile avec des unités comme G. DE FLANDRES ou GRESSINO qui travaillent le cuir
la moto avec KENNY, le spécialiste des vêtements et accessoires motos
le ferroviaire (DELCAR à Buire Courcelles est leader dans le domaine des tissus pour les sièges de TGV)
le bâtiment...

Même si l’avenir des entreprises passe par les textiles techniques, il est indéniable que le département ne vit plus de cette filière ; il conserve néanmoins quelques établissements de renom qui sont les témoins d’un savoir-faire incontestable.
Et si aujourd’hui, le secteur du cuir, textile, habillement a fortement décliné, il ne faut pas oublier qu’il est à l’origine du développement économique du pays de Somme.

 

Liste des entreprises sur "Amiens Métropole" en 1973

Paris Amiens Manufacture Bonnet
Sté Parisienne de Tricotage, Texinor, Filature et Tissage, Guilbert Teinturerie, Moulinor
Teinturerie Apprêt Velours Amiens, Teinturerie Hubault, Tricots Cathal, Benoit Teinturerie, Tissage de Picardie
Filature de la Somme Laine, Dewas Velours Ameub, Doulet, Frémaux Velours coton
Delaroiere et Leclerq Tissage, Mulliez Lestienne

Consortium Gale Textile (Cosserat)

 

Lechat, Hartmann Fourrures, Sacleux, Ets Denax, Elisa Confection, SARL ARLO Confection, Borel Georges
Sorlin (ex SEFAC), Mme Di Rozza, Sté LOFER, Manufacture Amiénoise Chaussettes, Ets André Daniel, Lopater Frères
Lefevre Calot Cie Confection, Ets Roger, Ets Hemos, Sté SOVAVET, M. J.L. de Paris, Ets Sueur, Ets Ludo et Cie Confection, Shantrix, Au Lys d'Argent, Gruson, Dessaint et Fils Manufacture de Lin.
Ets Devisse, Lebeurre Vêtements (Drago), Massias, Sté André Daniel Confection, SNGAD (International Shirt), Dille De lacoutre Vêtements
Lee Cooper, Ets A. Moquet, Lee Cooper